"En quittant la Sardaigne, il y a deux jours, Michel trouvait que l'horizon ouest ne promettait pas une balade en douceur. C'est un des plaisirs de l'aventure en mer de ne pas toujours savoir ce qui nous attend précisément, malgré l'assiduité de la navigatrice et les bienfaits de l'électronique.
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| Départ de Calasetta (Sardaigne) |
La première nuit nous a gâtés de quelques sautes de vent et d'un long spectacle son et lumière, surtout lumières. En effet, il y avait de l'électricité dans l'air et il ne faisait pas bon pour les foudrophobes. Heureusement, en gros, ça restait dans les nuages. Ça se passait au-dessus de nos têtes, mais le calme et l'expérience de nos capitaines nous ont permis de conserver notre sang assez froid.
Le lendemain, après un lever de soleil sur la mer, les nuages étaient partis jouer ailleurs. Nous avons eu droit à une belle journée de voile. Le vent variait du nord au nord-est, soit du près au vent de travers, de façon plutôt facétieuse. Avec la belle houle en construction, cela donnait du mal à Régule, notre bienveillant régulateur d'allure. Nous nous sommes donc relayés avec plaisir à la barre pour profiter de ce qui nous était offert. Vers la fin de la journée, le vent est tombé et nous avons dû remettre le moteur pour continuer avec la grand voile seule, amarrée dans l'axe du bateau, avec ses trois ris de pris (on ne sait jamais ce qui nous attend, surtout la nuit). La barre est alors confiée à Auto, le pilote électrique, qui gouverne aveuglément, sans discontinuer, en conservant le cap qu'on lui donne. Cette fois le soleil est descendu orangé et filtré par un horizon assez chaotique. La houle, de plus en plus creuse, allait nous faire sérieusement valser jusqu'aux Baléares,12 heures plus tard.
La nuit nous réservait moins d'éclairs, mais un ''squall'' de 10-15 minutes dont je me souviendrai longtemps. Il a même laissé à bord un encornet (calmar) de petites dimensions que nous devrions déguster ce soir. La seule prise du voyage, en fait un cadeau de Neptune, parce qu'on ne dirait pas qu'il y a un ancien technicien en pêche à bord. À ma décharge, je dois dire que, fidèle à mes anciennes amours, j'ai arpenté les quais et scruté l'horizon aux jumelles pour constater qu'il y a encore beaucoup de gens qui exercent le métier de pêcheur en Méditerranée, mais qu'il doivent être bien pauvres en général.


Nous voici ancrés dans une petite calanque espagnole dont tout le monde doit être jaloux, flottants sur une eau claire et chaude, des couleurs magnifiques, entourés de falaises aux milles formes et de quelques signes de tourisme mais, fidèles à nos habitudes, nous sommes encore hors saison (limite). Quoique la croisière tire à sa fin, il nous reste sûrement encore bien des moments impérissables à vivre."
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| Arrivée à Cala Porté (Minorque) |